Le Secret des Petits Pas

« Le Secret des Petits Pas » est un audio-conte personnalisé de 6 minutes créé sur Mon Livre Unique, avec Jules en héros. Chaque conte est écrit sur mesure puis raconté par une voix de conteuse, avec musique de fond et effets sonores.

Créez votre propre audio-conte gratuitement : décrivez l'histoire, choisissez la voix et la musique — le conte est prêt en 3 minutes.

Le texte du conte

1. Les grands filent comme des flèches

Au parc, les grands filent sur leurs vélos comme des flèches. Ils prennent le virage sans ralentir, l'un d'eux lâche même une main pour saluer quelqu'un. Jules est debout à côté du sien. Il tient son guidon très fort, avec les deux mains, alors que le vélo ne bouge même pas. Ça a l'air tellement simple quand c'est quelqu'un d'autre qui le fait.

2. Deux mètres

Premier essai. Jules monte sur la selle, pose un pied sur la pédale, puis l'autre. Et le vélo part tout de suite de travers, comme s'il avait décidé d'aller ailleurs. Jules pose le pied par terre juste à temps. Deux mètres. C'est tout ce qu'il a fait. Il se retourne pour vérifier, et le point de départ est encore là, tout près, presque à portée de main.

3. Des bleus comme des jours

Deuxième essai : par terre. Troisième essai : par terre. Quatrième essai : par terre, mais du côté de l'herbe, ce qui est déjà moins désagréable. Jules s'assoit et compte les bleus sur ses genoux comme on compte les jours sur un calendrier. Un vert, un violet, un jaune qui date de la semaine dernière. Il a un brin de trèfle collé sur la joue.

4. Le casque sur les genoux

Jules enlève son casque et le pose sur ses genoux. Il regarde le bout du parc, là-bas, où l'allée tourne derrière les grands arbres. C'est loin. C'est vraiment très loin. C'est nul. Je n'y arriverai jamais. Le vélo est couché dans l'herbe, une roue qui tourne encore doucement. Personne n'a envie de le relever. Ni Jules, ni le vélo, on dirait.

5. Devine qui c'est

Papa s'assoit dans l'herbe à côté de lui, sans rien dire. Il sort de son portefeuille une vieille photo toute jaunie, cornée aux quatre coins. On y voit un petit garçon à genoux dans l'herbe, à côté d'un vélo tombé. Devine qui c'est. Jules regarde la photo. Il la retourne, comme si la réponse était écrite derrière. C'est... toi ? Trente-six chutes. Ma mère avait arrêté de compter.

6. Jusque-là

Papa sort de sa poche un morceau de craie. Il fait quelques pas et trace une ligne blanche en travers de l'allée. Une ligne toute simple, un peu tremblante. Aujourd'hui, on ne va pas jusqu'au bout du parc. On va jusque-là. Jules regarde la ligne. Elle est vraiment très proche. Tellement proche que c'en est presque vexant.

7. Trois coups de pédale

Et Jules y arrive. Un coup de pédale. Deux. Trois. La ligne blanche passe sous la roue avant, puis sous la roue arrière. Jules pose le pied et se retourne. Ce n'est rien du tout. Trois mètres, peut-être quatre. Mais c'est un petit pas de plus qu'hier. Et ça, ça compte. Ça compte même énormément.

8. La ligne suivante

Le lendemain, la craie va un peu plus loin. Le jour d'après, encore un peu plus loin. Papa trace, Jules pédale, et la ligne d'hier reste par terre, à moitié effacée par la pluie. Chaque jour, une ligne de plus. Et quelque chose change dans la tête de Jules. Il arrête de penser au bout du parc. Il pense à la ligne suivante, et seulement à elle. Le bout du parc, lui, se rapproche tout seul.

9. La main qui ne tient rien

Papa court à côté du vélo, un peu essoufflé, la main tendue juste au-dessus de la selle. Tu tiens ? Je tiens. Il ne tient rien. Sa main est là, à trois centimètres, prête à rattraper — mais elle ne touche pas la selle. Jules ne le sait pas encore. Et c'est justement pour ça que ça marche.

10. Il n'y a personne

Puis vient ce jour-là. Jules pédale, l'allée défile, le vent fait du bruit dans le casque. Il tourne la tête pour vérifier que papa suit toujours. Derrière, il n'y a personne. Papa est loin, tout là-bas, arrêté au milieu de l'allée, les bras en l'air. Le vélo roule tout seul. Droit. Tranquille. Le parc entier semble applaudir — les arbres, les pigeons, la dame au caniche.

11. De très près à très loin

Le soir, avant de rentrer, Jules regarde l'allée derrière lui. Toutes les lignes de craie sont encore là, plus ou moins effacées. La première, tout près du banc. Puis les autres, de plus en plus loin, jusqu'à celle d'aujourd'hui. Elles racontent toute l'histoire, dans l'ordre. Jules a compris le secret, et ce n'est pas celui qu'il croyait. Le secret n'était pas d'aller vite. Il était de ne jamais s'arrêter tout à fait.

12. Le mot d'Ursule

Et voilà… C'était « Le Secret des Petits Pas ». Toi aussi, tu apprends quelque chose de difficile ? Trace ta petite ligne, et vise-la, juste elle. À bientôt, pour une nouvelle histoire !