Le texte du conte
1. Le soir, tout va bien
Le soir, tout va bien. La lampe de chevet fait un rond de lumière orange sur le mur. Le doudou est là, à sa place, coincé sous le bras d'Elsa. Elsa se glisse sous la couette, et ses pieds trouvent tout de suite le coin le plus chaud du lit. Bonne nuit, ma puce. Bonne nuit. À cet instant précis, il n'y a pas le moindre problème dans cette chambre.
2. La chambre change
Puis la lumière s'éteint. Et la chambre change. C'est pourtant la même chambre : le même lit, la même armoire, la même fenêtre. Mais dans le noir, elle devient plus grande. Plus profonde. Plus pleine de coins. Elsa ne bouge plus du tout. Elle ne sait pas très bien pourquoi. Elle ne bouge plus, c'est tout.
3. L'ombre au mur
Sur le mur, il y a une ombre. Elle est grande, elle a des bras beaucoup trop longs, et elle penche la tête, comme si elle réfléchissait. Il faut le dire tout de suite : ce n'est qu'un manteau. Elsa le sait déjà, un peu, dans sa tête. Mais son cœur, lui, ne le sait pas. Il tape vite, très vite, comme s'il n'écoutait pas du tout ce que dit la tête.
4. Tic-tic-tic
Et puis les bruits s'y mettent. Le rideau bouge, juste assez pour qu'on le remarque. Le plancher craque, du côté de la porte. Et dans le mur, le radiateur fait tic. Puis tic. Puis tic-tic. Elsa s'assoit tout droit dans son lit, serre son doudou et retient sa respiration. Elle entend tout. Vraiment tout. C'est bien ça, le problème.
5. Trente centimètres
Sur la table de nuit, il y a la petite lampe torche, celle qui éclaire vraiment fort. Elle est à trente centimètres. Trente centimètres, c'est la longueur d'une règle d'école. C'est rien du tout. Sauf que dans le noir, trente centimètres, c'est très, très loin. Elsa compte dans sa tête. Un. Deux. Et à trois… elle y va.
6. Clic
Clic. Un rond de lumière chaude se pose sur le mur. Elsa respire enfin. Le noir n'a pas disparu — il est toujours là, dans les coins et sous le lit. Mais maintenant, il y a un endroit qu'on peut regarder. Un endroit à soi, qu'on déplace où l'on veut. Et ça change absolument tout.
7. Un manteau
Elsa fait glisser le rond de lumière le long du mur. L'armoire. Le poster. Le bord du rideau. Et puis… l'ombre. La lumière monte dessus, tout doucement. Et l'ombre devient… un manteau. Le manteau vert d'Elsa, accroché à sa patère. Les bras trop longs, c'étaient les manches. La tête penchée, c'était le capuchon. C'était toi ?
8. Une par une
Alors Elsa se lève. Puisqu'on a une lampe, autant s'en servir. Le rideau qui bouge ? C'est la fenêtre entrouverte. Le craquement ? C'est le plancher qui se repose de sa journée. Le tic-tic-tic ? C'est l'eau chaude dans les tuyaux. Une par une, les peurs redeviennent des choses. Et une chose, ça ne fait pas peur bien longtemps.
9. Papa à la porte
Papa apparaît à la porte, les cheveux dans tous les sens. Tout va bien ? Elsa braque sa lampe sur la patère, comme un policier de film. C'était lui. Papa regarde le manteau. Il ne rit pas. Ah, celui-là. Moi aussi, il m'a eu, une fois. Toi ? Moi. J'ai allumé toutes les lumières de la maison.
10. Le crocodile raté
Papa s'assoit au bord du lit et met ses mains devant la lampe. Sur le mur apparaît un lapin, avec les oreilles qui bougent. Elsa essaie : ça fait un oiseau. Un peu gros, mais un oiseau quand même. Papa tente un crocodile. On dirait plutôt une chaussette. C'est pas un crocodile, ça ! C'est un crocodile qui a mal dormi. La chambre est toujours dans le noir. Mais elle rit.
11. La lampe éteinte
Un peu plus tard, Elsa s'endort. La lampe torche est éteinte, posée tout près de sa main. Juste là, si jamais. Le manteau est toujours accroché à sa patère. Demain soir, son ombre reviendra sur le mur, c'est certain. Mais on ne se laisse plus impressionner par un manteau. Bonne nuit, Elsa.
12. Le mot d'Ursule
Et voilà… C'était « La Nuit des Petites Peurs ». Toi aussi, tu sais où est ta lampe ? Alors tout va bien. Ferme les yeux, dors bien… et à bientôt, pour une nouvelle histoire.