Le texte du conte
1. Plus rien n'est calme
Depuis qu'il y a un chien à la maison, plus rien n'est calme. Dès que Nina attrape la laisse, tout s'écroule. Le chien saute, tourne sur lui-même, glisse sur le carrelage de l'entrée, renverse deux chaussures. Sa queue bat contre le mur, contre la porte, contre les jambes de Nina. On dirait qu'il crie « on y va, on y va, on y va » sans jamais reprendre son souffle.
2. C'est lui qui la promène
Dans la rue, c'est le chien qui promène Nina. Et pas l'inverse. Il tire. Il renifle un poteau pendant vingt secondes. Puis il repart d'un coup, sans prévenir. Nina s'arc-boute des deux mains sur la laisse, les talons qui raclent le trottoir. Ils font trois cents mètres en un quart d'heure. Ce n'est pas vraiment une promenade. C'est un remorquage.
3. Il ne m'écoute jamais
Nina s'assoit sur le muret, la laisse molle entre les mains. Elle a chaud, elle est décoiffée, et sa paume est toute rouge. Il ne m'écoute jamais. Le chien, lui, renifle une touffe d'herbe au pied du muret comme si personne n'avait rien dit. Il a l'air parfaitement heureux.
4. Il comprend ton calme
On vient s'asseoir à côté d'elle sur le muret, et on lui explique quelque chose qu'elle n'avait pas envisagé. Il ne comprend pas encore tes mots. Mais ce qu'il comprend tout de suite, aujourd'hui, c'est ton calme. Si tu cries, il entend juste du bruit, et il ne sait pas ce qu'il faut en faire. Le chien vient s'asseoir entre eux deux et remue la queue, tout à fait d'accord.
5. Une main levée
Alors Nina essaie autrement. Elle s'arrête au milieu du trottoir, respire un grand coup, par le nez, et ne dit plus rien du tout. Une main levée, bien à plat, à hauteur de sa poitrine. Une friandise cachée dans l'autre. Le chien la fixe. Il penche la tête d'un côté, puis de l'autre, les oreilles en points d'interrogation. Pour la première fois de sa vie, il attend.
6. Il l'a fait
Et le chien s'assoit. Comme ça. Tout seul. Bien droit, en la regardant droit dans les yeux. Nina n'ose plus bouger d'un millimètre. Elle a peur de casser quelque chose. Il l'a fait... Il l'a fait ! La friandise disparaît en un dixième de seconde, et la queue balaie le trottoir.
7. Cinq minutes, pas plus
Après, ils s'entraînent tous les jours. Assis. Couché. Reste — celui-là est le plus dur. Cinq minutes le matin, cinq minutes le soir. Jamais plus : au-delà, le chien s'ennuie, et un chien qui s'ennuie n'apprend rien du tout. Petit à petit, dans la rue, la laisse ne tire plus. Elle pend, molle, entre eux deux.
8. Un soir d'orage
Un soir d'orage, tout change de sens. Le tonnerre claque très fort, juste au-dessus de la maison, et le chien se colle contre Nina en tremblant, les oreilles plaquées, la queue rentrée. Alors c'est Nina qui entoure le chien de ses bras. Je suis là. Ça va passer. Ce soir-là, c'est elle qui est le calme de l'autre.
9. La laisse vide
Au parc, un écureuil traverse l'allée. Le chien s'élance avant même que Nina ait compris, et la laisse lui échappe des doigts. Il disparaît derrière les arbres, en trois bonds. La laisse pend, vide, au bout de son bras. Elle a une envie terrible de courir derrière lui en criant son nom. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire.
10. Une seule fois
Mais Nina se rappelle. Elle respire. Elle s'accroupit, tout en bas, et ouvre grand les bras. Et elle appelle. Une seule fois. Tout doucement, comme si elle l'appelait pour manger. Puis elle se tait. Une seconde. Deux. Trois. Une forme surgit des arbres, oreilles au vent, et fonce droit sur elle. Nina est renversée dans l'herbe, avec quinze kilos de chien sur elle et une langue partout sur la figure.
11. Ça s'apprend, tous les deux
Le soir, allongée sur le tapis du salon, Nina lit un livre. Le chien dort, la tête posée en travers de ses jambes. Elle ne bouge pas quand même. Nina repense au trottoir, aux talons qui raclaient, à la laisse tendue. Un ami, ça ne s'obtient pas en tirant sur une laisse. Ça s'apprend. Tous les deux, en même temps.
12. Le mot d'Ursule
Et voilà… C'était « Mon Ami le Chien ». Toi aussi, tu connais le secret maintenant : le calme, ça s'entend mieux que les cris. À bientôt, pour une nouvelle histoire.