Le Jardin des Abeilles

« Le Jardin des Abeilles » est un audio-conte personnalisé de 6 minutes créé sur Mon Livre Unique, avec Alba en héros. Chaque conte est écrit sur mesure puis raconté par une voix de conteuse, avec musique de fond et effets sonores.

Créez votre propre audio-conte gratuitement : décrivez l'histoire, choisissez la voix et la musique — le conte est prêt en 3 minutes.

Le texte du conte

1. Rien qu'une pelouse

Le jardin d'Alba est une pelouse. Rien qu'une pelouse. Verte, plate, tondue très court, du mur jusqu'à la haie. Il y a une chaise au milieu, une seule, blanche, sur laquelle personne ne s'assoit jamais. Tout le monde dit que ce jardin est beau. Et pourtant il ne se passe jamais rien dedans.

2. Une abeille qui ne repart pas

Un après-midi, une abeille se pose sur le rebord de la fenêtre. Et ne repart pas. Elle reste là, immobile, les ailes molles, posées de travers sur son dos. Tu es fatiguée ? L'abeille ne répond pas. Bien sûr qu'elle ne répond pas. Mais elle ne s'envole pas non plus, et c'est bien ça qui inquiète Alba.

3. Une goutte d'eau sucrée

Elle n'a plus de forces. Essaie une goutte d'eau sucrée, sur une petite cuillère. Alba mélange le sucre dans un fond d'eau tiède, puis tend la cuillère, tout près du rebord, sans bouger d'un millimètre. Ses bras commencent à trembler à force de rester tendus. L'abeille avance. Un pas. Deux pas. Elle boit. Et ses ailes se remettent à frémir.

4. Pas une seule fleur

L'abeille s'envole, fait deux tours du jardin, puis revient se poser sur le rebord, exactement au même endroit. Alba sort et traverse la pelouse en regardant par terre, très attentivement. Du mur jusqu'à la haie. Puis dans l'autre sens. Pas une fleur. Pas une seule, d'un bout à l'autre du jardin. Alba comprend enfin ce qui manque. Et pourquoi l'abeille est revenue.

5. Un grand carré au fond

Le soir, Alba dessine le jardin sur une feuille. Puis elle colorie un grand carré tout au fond, près de la haie, et le remplit de fleurs : des rouges, des bleues, des violettes, des jaunes. Elle appuie tellement fort sur les crayons que la feuille se troue un peu. Sur la table, sa grand-mère a déjà posé des petits sachets de graines.

6. À la volée

Le lendemain, on retourne un coin de pelouse à la bêche. La terre apparaît en dessous, brune et humide, pleine de racines coupées et d'un ver de terre indigné. Alba plonge la main dans le sachet et lance les graines à la volée, en grands gestes, comme on nourrit des poules. Coquelicots. Bleuets. Trèfle. Lavande. Puis elle attend.

7. Rien. Toujours rien.

Une semaine passe. Rien. Deux semaines. Toujours rien. Juste un carré de terre marron au milieu du vert, qui a l'air d'une erreur. Alba y va tous les jours, les mains dans les poches. Elles ne pousseront jamais. Sa grand-mère ne dit ni oui ni non. Elle dit que les graines travaillent sous la terre, là où on ne les voit pas.

8. Un matin de mai

Et puis un matin de mai, le carré a changé de couleur. Alba s'arrête net à trois pas, en pyjama, les pieds nus dans la rosée. Des dizaines de minuscules tiges vertes ont percé pendant la nuit. Toutes ensemble, comme si elles s'étaient mises d'accord. Alba s'accroupit, met le nez tout près du sol, et éclate de rire toute seule. Elles travaillaient, en fait. Depuis deux semaines.

9. Et ça bourdonne

En juillet, le carré est une jungle. Les fleurs montent plus haut que les genoux d'Alba. Le jardin n'est plus du tout bien rangé. Et ça bourdonne. Des abeilles partout, des bourdons lourds qui font plier les tiges, des papillons blancs. Alba se tient au milieu, les bras écartés, sans bouger, au centre de tout ce bruit vivant.

10. Il suffit d'arrêter de tondre

À la fin de l'été, Alba récolte des graines. Elle les glisse dans de petites enveloppes en papier et écrit dessus le nom de la fleur — parfois avec une faute. Une pour la voisine. Une pour l'école. Une pour le monsieur d'en face, celui qui tond sa pelouse deux fois par semaine. C'est facile, vous savez. Il suffit d'arrêter de tondre.

11. Ça se laisse vivre

Le soir, Alba s'allonge dans les fleurs, tout au fond du carré. Les tiges se referment au-dessus d'elle et il ne reste qu'un morceau de ciel. Une abeille passe, juste au-dessus de son visage, tranquille, le ventre lourd de pollen. Alba la suit des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse derrière la haie. Un jardin, ça ne se range pas. Ça se laisse vivre.

12. Le mot d'Ursule

Et voilà… C'était « Le Jardin des Abeilles ». Toi aussi, tu connais le secret d'Alba maintenant : une poignée de graines, et tout se met à bourdonner. À bientôt, pour une nouvelle histoire !