Le texte du conte
1. Une question qui ne veut plus partir
Ce matin, Noé a levé la tête vers le ciel. Et une question est arrivée. Elle est entrée dans sa tête comme on entre dans une maison, et elle ne veut plus partir. Pourquoi le ciel est bleu ? Il la répète tout bas, du bout des lèvres. Pourquoi pas vert, ou orange, ou à petits carreaux ? Noé ne sait pas encore que cette question-là va changer toute son année.
2. Plus tard, mon grand
À la cuisine, ça sent le café et le pain grillé. Noé attend le bon moment, et puis il se lance. Dis, pourquoi le ciel est bleu ? La réponse arrive sans même se retourner : « Hmm ? Plus tard, mon grand. » Noé baisse les yeux vers ses chaussettes. Ses pourquoi tombent toujours au mauvais moment, comme s'il existait un bon moment qu'on ne lui avait jamais montré.
3. Le grenier de Papi Hector
Alors Noé monte au grenier de Papi Hector. Là-haut, la lumière entre par une petite fenêtre ronde et éclaire des milliers de grains de poussière qui flottent. Des bocaux avec des cailloux, des cartes pliées et repliées, des plumes rangées par couleur. Le grenier de Papi Hector, c'est le pays des choses qu'on garde parce qu'elles sont intéressantes. Pas parce qu'elles servent.
4. On y écrit les questions
Papi Hector s'accroupit et tend à Noé un gros carnet à la couverture usée, avec un élastique fatigué autour. Celui-là, c'est le grand livre des pourquoi. Attention, il y a une règle. Une seule. On n'y écrit pas les réponses. On y écrit les questions. Noé relève la tête, surpris. Il croyait que c'était l'inverse.
5. La première question
Noé s'assoit par terre, le carnet ouvert sur les genoux. Il écrit sa toute première question en appuyant très fort sur le crayon. Pourquoi le ciel est bleu. Et il se passe quelque chose de bizarre : la question arrête de tourner dans sa tête. Elle est là, posée sur le papier, tranquille. Elle est rangée. Voilà. C'est exactement ça.
6. Le miroir dans la flaque
Papi Hector ne donne pas la réponse. Il sort dans le jardin, s'arrête devant une flaque, et glisse dans l'eau un petit miroir rond, un peu piqué sur les bords. Sur le mur du garage apparaît une bande de couleurs : rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet. Ça sort d'où ? Du blanc. Le blanc cache toutes les couleurs, figure-toi. Le ciel, lui, en garde une. Devine laquelle.
7. Trois questions par promenade
Depuis ce jour-là, Noé regarde tout autrement. Pourquoi l'escargot laisse une trace ? Pourquoi la toile d'araignée ne casse pas quand il pleut ? Chaque promenade rapporte trois questions de plus. Parfois quatre. Le carnet devient de plus en plus lourd dans le cartable. Noé le trouve de plus en plus beau.
8. Celle qui résiste
Et puis un soir, une question résiste. Noé cherche, relit tout le carnet depuis le début, demande à deux personnes. Rien. La question reste là, plantée au milieu de la page, à le regarder. Noé referme le carnet un peu fort, plus fort qu'il ne voulait. Je ne trouverai jamais.
9. Ce n'est pas un échec
Papi Hector s'assoit à côté de lui et regarde le carnet fermé un long moment avant de parler. Tu sais, moi non plus je n'ai pas toutes les réponses. Toi ? Mais tu es vieux. Papi Hector rit — un rire qui vient du ventre. Justement. J'ai eu tout le temps de collectionner les questions sans réponse. Une question qu'on n'a pas encore résolue, ce n'est pas un échec. C'est un rendez-vous. Noé rouvre le carnet.
10. Toutes les mains se lèvent
À l'école, Noé pose le carnet sur la table et explique la règle. On n'y écrit pas les réponses. On y écrit les questions. Et là, toutes les mains se lèvent. Toutes. Celles du fond, celles qui ne se lèvent jamais. Chacun avait une question gardée au fond de sa poche depuis longtemps, sans savoir qu'on avait le droit de la sortir.
11. Celui qui demande pourquoi
Le soir, Noé serre le carnet contre lui, dans son lit. Il compte : quarante et une questions. Sept réponses. Trente-quatre rendez-vous. Il ne saurait toujours pas expliquer pourquoi le ciel est bleu. Mais il a compris quelque chose que beaucoup de grandes personnes ont oublié en route. Celui qui demande pourquoi n'est jamais perdu. Il est simplement en train de chercher.
12. Le mot d'Ursule
Et voilà… C'était « Le Grand Livre des Pourquoi ». Toi aussi, tu as une question qui te suit partout ? Garde-la précieusement : c'est un rendez-vous. À bientôt, pour une nouvelle histoire.